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Convention 2026–2027 : réforme nécessaire ou occasion manquée ?

Article rédigé et résumé sur base des informations transmises à destination des logopèdes par l'UBPS à travers leurs différents canaux de communication.

L’UBPS, toujours à l’écoute des prestataires de soins, a mis à jour son état des lieux de la logopédie en Belgique, initialement publié le 11 février 2026, à la lumière de nouvelles remontées du terrain.

Dans le même temps, les logopèdes sont appelés à se prononcer sur la nouvelle convention 2026–2027. Tout déconventionnement doit impérativement être signalé avant le 11 mars 2026 via le portail Prosanté, sans quoi le praticien sera conventionné d’office.

De nombreux professionnels recommandent de ne pas attendre la dernière minute, le site rencontrant traditionnellement des dysfonctionnements dans les 48 à 72 heures précédant l’échéance. Mais au-delà de l’aspect administratif, le débat est plus large : il touche au modèle même de la logopédie en Belgique.

La logopédie : une expertise bien au-delà des stéréotypes

Réduire la logopédie à la prise en charge d’enfants présentant un trouble articulatoire serait une vision largement dépassée.

La logopédie est une discipline paramédicale fondée sur l’Evidence-Based Practice (EBP). Elle intervient à tous les âges de la vie :

  • pédiatrie,

  • troubles neurodéveloppementaux,

  • troubles du langage oral et écrit,

  • troubles vocaux,

  • déglutition,

  • pathologies neurologiques,

  • maladies neurodégénératives,

  • cancers ORL,

  • troubles oro-myo-faciaux,

  • troubles alimentaires pédiatriques,

  • paralysies faciales,

  • apnées du sommeil,

  • troubles liés aux démences.

Le champ de compétences est vaste et en constante évolution scientifique. C’est précisément dans ce contexte que la convention 2026–2027 est examinée.

Une indexation de 2,72 % : un signal suffisant ?

La convention prévoit une indexation de 2,72 % des honoraires. Sur le papier, la mesure peut sembler positive. Dans les faits, de nombreux cabinets font face à une augmentation structurelle :

  • loyers et charges énergétiques,

  • assurances,

  • matériel,

  • logiciels,

  • formation continue obligatoire.

Pour certains observateurs, cette indexation compense partiellement l’inflation sans résoudre les fragilités économiques structurelles de la profession.

Une nomenclature jugée obsolète

Le cœur du débat réside dans la nomenclature. Selon les remontées de terrain relayées par l’UBPS, la nomenclature actuelle serait devenue inadaptée à la réalité clinique contemporaine.

Réduction drastique des « containers »

En 2016, certains volumes de séances autorisées ont été réduits jusqu’à 90 %.
Les containers en dysphagie ou en aphasie vasculaire sont aujourd’hui considérés comme insuffisants pour une prise en soin efficace.

Durées de séances imposées

La durée (30 ou 60 minutes) est imposée selon les containers. Ces règles standardisées ne tiennent pas toujours compte des recommandations scientifiques. Exemple cité : le protocole LSVT-Loud, seul traitement validé scientifiquement pour la dysarthrie hypokinétique parkinsonienne, nécessite des séances de 60 minutes. Or, seules les séances de 30 minutes sont remboursées dans certains cas.

Des pathologies hors nomenclature

Plusieurs pathologies lourdes ou en évolution rapide restent exclues :

  • aphasies primaires progressives,

  • troubles du spectre de l’autisme,

  • troubles alimentaires pédiatriques,

  • paralysies faciales périphériques idiopathiques,

  • apnées du sommeil,

  • bruxisme,

  • anosmie,

  • troubles neurocognitifs.

Les cliniques de la mémoire ne disposent d’aucune prise en charge logopédique remboursée, alors même que la littérature scientifique souligne l’intérêt d’une intervention précoce.

Une intervention précoce freinée

En langage oral, le remboursement est conditionné à la passation d’un test QI, rendant quasi impossible une prise en charge avant 2,5 ans. Or, la littérature scientifique insiste sur l’importance cruciale d’une intervention précoce. L’impact sur l’âge de début de soin et sur le développement langagier peut être significatif.

Des contraintes administratives jugées excessives

Parmi les éléments régulièrement dénoncés :

  • Responsabilité exclusive du logopède concernant le nombre total de séances consommées par le patient, avec obligation de rembourser les mutuelles en cas de dépassement.

  • Constitution complète et suivi administratif du dossier patient.

  • Absence de code pour la coordination interdisciplinaire, la guidance aux aidants ou les déplacements à domicile.

  • Télélogopédie potentiellement réautorisée mais à honoraire inférieur.

  • Pénalité de -25 % pour les patients de logopèdes déconventionnés.

  • Absence de prime télématique.

  • Formation continue obligatoire entièrement à charge du praticien.

  • Conventionnement automatique, déconventionnement à signaler à chaque nouvelle convention.

  • Impossibilité de déconventionnement partiel.

Des promesses d’évolution… sans calendrier précis

La suppression de certaines règles est évoquée. Des adaptations sont annoncées.

Mais certaines dispositions supprimées dans la loi depuis 2019 restent en attente d’arrêté royal. Pour une partie de la profession, accepter la convention reviendrait à valider un cadre en misant sur des réformes futures encore hypothétiques.

Conventionnement ou déconventionnement ?

Face à cet état des lieux, chaque logopède doit décider. Pour certains, dire NON au conventionnement représente un levier d’action collectif, visant à provoquer une réforme structurelle alignée avec les connaissances scientifiques et les besoins des patients. Pour d’autres, la convention constitue une étape intermédiaire dans un processus progressif.

Une question centrale demeure

La convention 2026–2027 représente-t-elle une avancée pragmatique ? Ou entérine-t-elle un modèle insuffisamment modernisé ? Au-delà des positions, un constat s’impose : la profession ne demande pas seulement une indexation. Elle demande une vision.

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